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Saul Singer : Le futur de la Startup Nation passe par l’inclusion et l’éducation

Saul Singer, immigrant de longue date des États-Unis, était journaliste au Jerusalem Post. Il est l’auteur de l’ouvrage célèbre : « Startup Nation », paru en 2009 et qui a inspiré le surnom maintenant universellement admis de l’écosystème israélien.

 

Il confie à Startup Europe Israel son bilan sur l’avenir du 2e écosystème High Tech du monde. Si ses prévisions ne sauraient être qualifiées de pessimistes, Israël ne peut s’endormir sur ses lauriers. Il reste beaucoup de pain sur la planche pour conserver une place fortement convoitée.

 

Quel futur entrevoyez-vous pour la Startup Nation ?

 

Nous pensons être excellents et nous le sommes effectivement. Mais c’est temporaire. Non pas parce que la Startup Nation va reculer, elle ne cessera au contraire de progresser. Mais d’autres pays progressent encore plus vite. Nous avons plus de sociétés de capital-risque que la moitié de l’Europe, probablement plus que l’Angleterre, l’Allemagne et la France réunies. Mais en fin de compte, nous finirons par être rattrapés par la réalité : nous n’avons que 8,5 millions d’habitants.

 

Rester éternellement les champions en termes de startups par tête n’a aucun intérêt. Votre impact sur le monde est mesuré en taille absolue de votre système. Temporairement, nous avons certes un plus gros système que n’importe qui d’autre à l’exception des États-Unis, mais d’autres pays auront vite fait de nous dépasser. Il y a des milliers de startups en Inde, en Chine.

 

Je parcours le monde en disant que nous sommes le deuxième écosystème le plus gros du monde. Pendant des années, c’était exact. Mais dans quelques années, 5 ans peut-être, je ne pourrai plus le dire. Je ne sais même pas si nous resterons parmi les 10 plus grands. Car les autres enregistrent une croissance fulgurante.

 

Nous avons donc un problème de capital humain. En fin de compte, la puissance de chaque pays sera déterminée en fonction de la taille de son capital humain. Nous avons peu de poids en termes internationaux, même si nous avons un immense capital humain par tête. C’est la valeur absolue qui fait la différence. Cela signifie que nous devons doubler, voire quadrupler la taille de notre système.

 

Comment accroître la taille de notre système, si nous sommes limités démographiquement ?

 

Il y a de nombreuses façons de procéder, même sans augmenter le nombre d’habitants. Premièrement, nous devons inclure tout le monde : les Arabes et les orthodoxes. La Startup Nation ne concerne aujourd’hui qu’une fraction de la population israélienne. Nous pouvons impliquer davantage de gens dans la Startup Nation. Néanmoins, cette solution aussi arrivera à saturation.

 

La deuxième chose que nous pouvons faire est d’améliorer l’enseignement. Le système scolaire est la source de notre capital humain. Nous pouvons le rendre dix fois plus performant. Nous devons réinventer l’éducation. Un des grands avantages de ce domaine est que nous avons déjà la solution pour réinventer l’éducation, même si nous semblons l’ignorer. Il s’agit de savoir comment transmettre toutes ces choses que nous ne recevons pas à l’école ? Il faut recourir à des notions que nous ne tentons même pas d’exploiter actuellement :

  • la réflexion stratégique,
  • la prise de décision,
  • l’intelligence émotionnelle,
  • le leadership,
  • la communication,
  • le travail d’équipe…

Nous n’apprenons rien de tout cela à l’école. Pourtant ce sont les éléments dont nous avons besoin pour réussir. Andreas Schleicher, directeur de l’éducation de l’OCDE, soutient que « le monde moderne ne vous paie pas pour ce que vous savez, mais pour ce que vous savez en faire ». C’est la raison pour laquelle la valeur ajoutée de la Startup Nation réside dans le fait que nous savons que faire de nos connaissances. Comme dans l’armée, les membres de l’unité 8200 apprennent des algorithmes. Les algorithmes c’est super, mais vous pouvez les étudier n’importe où, en ligne, dans un livre, n’importe où, vous n’avez pas besoin d’être à l’armée israélienne. La différence est la suivante : nos développeurs d’algorithmes savent en faire quelque chose. Et où apprennent-ils tout cela ? Hors du système scolaire. Cela commence avec le mouvement de jeunesse Tzofim, voire avant les scouts. Cela débute à la maison, de la manière dont les parents éduquent leurs enfants. Cela continue dans les Mekhinoth (programmes de préparation à l’armée), puis à Tsahal.

 

Quelle est la principale chose que fait l’armée que nous devons dupliquer dans la vie civile ?

 

L’armée est la plus importante période du parcours des jeunes Israéliens. Ils y reçoivent deux choses qu’ils ne trouvent pas dans l’éducation classique.

 

Premièrement, lorsque vous arrivez à l’armée à 17-18 ans, vous pensez que vous êtes le centre de l’univers. Vous découvrez alors qu’on se moque bien de ce que vous pensez, croyez ou désirez, pour la première fois de votre vie. C’est une révélation. Ce que l’armée commence à faire au cours des premiers jours, c’est de vous apprendre qu’il y a des choses plus importantes que vous, comme votre famille, votre patrie, votre communauté, le monde… L’armée vous apprend que vous appartenez à une unité. Ainsi, lorsque vous êtes punis, c’est toute l’unité qui l’est. Vous devez donc trouver comment faire pour que tout le monde s’améliore au sein de l’unité et pas seulement vous. La leçon véritablement puissante que vous apprenez est que vous devez vous sacrifier pour quelque chose de plus grand que vous.

 

Pourquoi est-ce important pour un entrepreneur ?

 

Si les entrepreneurs pensent qu’ils vont devenir riches en créant une startup, que c’est une manière facile de faire de l’argent, ils vont rapidement découvrir que c’est beaucoup plus difficile qu’un véritable emploi. Ils rencontreront des obstacles sur leur chemin et la seule chose pouvant les aider à les surmonter est d’avoir la conviction qu’ils construisent quelque chose de plus important qu’eux et d’être prêts à faire des sacrifices pour cela.

 

La deuxième chose que les Israéliens reçoivent à l’armée, c’est qu’elle leur donne des missions, pendant deux ou trois ans. Une startup n’est rien d’autre qu’une mission. Ce que vous faites pour créer une startup, c’est la diviser en missions plus petites. À l’armée, on vous lance un défi. Il s’agit souvent d’une mission que vous pensez être incapable de réaliser, pourtant vous le faites. Et d’année en année, les défis deviennent de plus en plus gros et vous réussissez tout de même. Vous faites des choses que vous n’auriez jamais pensées possibles et arrivez à la conclusion qu’il y a peut-être d’autres choses que vous êtes capable de faire. Vous allez alors créer une startup. Vous n’êtes pas limité par les missions impossibles.

 

Propos recueillis et traduits par Yaël Ancri

 

 

 

Nous devons inclure tout le monde : les Arabes et les orthodoxes
https://www.israfrench.info/2017/03/kamatech-et-naztech-orthodoxes-et-arabes-a-la-conquete-de-la-startup-nation/

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